« Nous voulons être les ­meilleurs, et pas seulement les plus importants ! »

24 julliet 2020 agvs-upsa.ch – Avec son équipe efficace, l’importateur suisse Emil Frey confirme sa longue expérience ainsi que sa compétence dans la branche automobile et sur les circuits de course. Le chef d’équipe Lorenz Frey-Hilti a proposé à AUTOINSIDE une visite guidée exclusive du département sport automobile de Safenwil : petit, mais performant.

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Avec les courses ce week-end à Imola et début août à Misano, la saison devrait enfin recommencer pour Emil Frey Racing. Source : Emil Frey Racing

sco/jas. De nombreux Suisses associent systématiquement le sport automobile suisse à Peter Sauber. Mais ils oublient trop souvent qu’Emil Frey aussi, depuis trois générations déjà, met les bouchées doubles dans le sport automobile, et ce, avec beaucoup de succès. Jusqu’en 1935, le fondateur de l’entreprise, Emil Frey, participa ainsi à plusieurs courses de moto et remporta, entre autres, le GP d’Europe et la Course de côte du Col du Klausen. Dans les années 1950, le passionné de mécanique et homme d’affaires compétent courut aussi des rallyes avec Jaguar et Austin. C’est son fils, Walter Frey, qui posa les jalons du département sport automobile au milieu des années 1960. Aujourd’hui âgé de 76 ans, le patron de l’importateur automobile décrocha plusieurs fois le titre de champion de Suisse au volant d’une Mini Cooper S, d’une Triumph Dolomite et d’une Toyota Celica, et fut aussi pilote de formule 2 et de formule 3. En 2012, l’équipe de sport motorisé de l’importateur automobile suisse fut réorganisée, avec une orientation vers les courses longue distance et les championnats dans la catégorie GT3. Dans cette optique, les Suisses construisirent leur propre Jaguar GT3 Emil Frey. De pilote de l’écurie privée suisse performante, Lorenz Frey-Hilti, aujourd’hui âgé de 29 ans, est maintenant devenu chef d’équipe. Dès sa première saison en tant que nouvelle équipe partenaire de Lamborghini, Emil Frey Racing a remporté pas moins de huit victoires en 14 courses en 2019 et décroché le titre de champion dans la série International GT Open.
 
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Le patron de l'équipe, Lorenz Frey-Hilti, devant l'une des deux Lamborghini. Source : Médias UPSA

Tous les feux étaient au vert pour la nouvelle saison, mais la crise du coronavirus est venue couper totalement dans son élan à la fois la branche automobile et le sport automobile. AUTOINSIDE a profité d’un aperçu exclusif des préparatifs de la nouvelle saison de course derrière les portes habituellement closes d’Emil Frey Racing, dont les quartiers se trouvent dans un complexe immobilier de deux étages tout à fait improbable, au siège de Safenwil. Une équipe centrale de 22 collaborateurs y travaille, dont deux avaient déjà fait leur apprentissage dans une entreprise d’Emil Frey. « Nous avons une équipe aux compétences diversifiées, sans départs et arrivées permanents. Dans le sport automobile en général, les entreprises se disputent les talents, et pas seulement les pilotes », explique le chef d’équipe Lorenz Frey-Hilti. « Emil Frey Racing a un avantage : ici, les gens assument clairement plus de responsabilités que dans de grandes équipes. Ils sont bien plus qu’un énième développeur. De surcroît, nos processus décisionnels sont courts, ce qui nous aide aussi. »
 
Vivez l'action raciale en direct
Ceux qui veulent vivre en direct le coup d'envoi de la saison de l'équipe suisse de sport automobile et se plonger dans l'action des courses du GT World Challenge Europe peuvent le faire via la chaîne officielle YouTube. Le week-end de course à Imola les 25 et 26 juillet 2020 ainsi que les événements suivants de la course Emil Frey seront diffusés sur https://www.youtube.com/user/gt1world. L'équipe Safenwiler communiquera le jour de la course le lien direct vers le flux en direct de la course Emil Frey Racing via les médias sociaux. Toutefois, le lien direct peut également être trouvé immédiatement via le lien général du canal, en haut.

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Le week-end, les deux pilotes de Lamborghini du team Emil Frey Racing seront à Imola Ernst. Source : Emil Frey Racing

Lorenz Frey-Hilti est responsable de l’orientation et de la conduite stratégiques, de la communication et du marketing du département sport automobile, et il confie la conduite opérationnelle à son directeur technique, Jürg Flach. Celui-ci a composé une équipe de choc, comme l’ont prouvé les succès de 2019. « Chez Emil Frey, nous sommes des spécialistes du sport automobile, et nous pouvons également en apporter la preuve sur le circuit avec Emil Frey Racing. Et ce, même avec une marque que nous ne représentons pas du tout, ni en tant qu’importateur ni dans le commerce. Cela confère à l’ensemble une note encore un peu plus particulière », explique L. Frey-Hilti avant de commencer la visite guidée exclusive dans le bureau paysager, où plusieurs ingénieurs et techniciens réfléchissent derrière des ordinateurs. « Nous employons, par exemple, deux designers, qui conçoivent des prototypes de pièce pour les deux Lamborghini et proposent des prestations de services à d’autres équipes. » Car Emil Frey Racing n’est pas une simple équipe opérationnelle. Elle possède au contraire l’infrastructure nécessaire pour procéder au perfectionnement des bolides de course. « On oublie trop souvent que les voitures de course, comme les véhicules ordinaires, ont besoin d’être optimisées du point de vue de l’aérodynamique ou de la consommation », précise L. Frey-­Hilti. « Certaines idées et expériences découlant de courses et d’essais ont notamment été intégrées directement au travail d’atelier pour les interventions Lexus, ce qui a eu un impact sur la production. »

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Un coup d'œil dans le cockpit du GT racer le montre clairement : le multitâche est aujourd'hui nécessaire au volant. Source : Médias UPSA

Le savoir-faire acquis lors des interventions sur la Jaguar GT3 Emil Frey et la Lexus RC F GT3 a également aidé l’équipe suisse à trouver rapidement ses marques avec les deux Lamborghini Huracán GT3 Evo. De plus, la collaboration avec les Italiens fonctionne à merveille et n’a pas trop été perturbée par le confinement et l’arrêt de la production. « Comme nous comptons parmi les équipes de référence officielles, nous pouvons, d’une part, faire appel à trois pilotes d’usine de Lamborghini et avons, d’autre part, accès au camion de pièces détachées de l’usine. Autrement dit, nous avons nettement moins de matériel à emporter pour aller aux courses », nous confie le chef de 29 ans avant de nous emmener vers les caisses sur roulettes déjà emballées : « En général, il faut avoir sous la main toutes les pièces de rechange nécessaires pour chaque véhicule. Qu’y a-t-il de plus énervant que de mettre en jeu une victoire à cause d’une pièce manquante ? Et c’est aussi disproportionné par rapport au travail fourni. » En effet, comme l’importateur lui-même, Emil Frey Racing attache de l’importance à l’utilisation ciblée des moyens. « Nous disposons de structures rationnelles. Dans le sport motorisé aussi, il est déterminant de savoir faire de bons investissements. Chez Emil Frey Racing, nous voulons être les meilleurs, et pas seulement les plus importants », affirme le chef d’équipe L. Frey-Hilti pour clarifier ses objectifs.

Une mission tout sauf facile dans la prestigieuse catégorie GT, où s’opposent les véhicules les plus différents de plusieurs marques, et à l’échelle mondiale, jusqu’au bolide GT3 380. Pour que cela reste équitable, en dépit des conditions très variables et des niveaux de performance des véhicules, un classement des bolides est effectué selon le principe de la BOP, acronyme de « Balance of Performance ». « À chaque véhicule est attribué un delta sur la base de son poids, de sa portance et de sa puissance. Les trois variables doivent être intégrées à ce delta. Cela veut dire qu’en fonction de la course, on doit subitement mettre plusieurs kilos en plus que la concurrence dans la boîte, sur le siège passager, ce qui est parfois très énervant. Mais le bénéfice est au rendez-vous : la saison passée, nous avions généralement dix véhicules en l’espace d’une seconde, ce qui rendait toujours les courses très captivantes », constate le chef d’équipe, qui nous invite à nous diriger vers le centre de remise en forme..

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Dans le centre de remise en forme de l'équipe, Lorenz Frey-Hilti fait une démonstration d'exercice pour les pilotes. Source : Médias UPSA


Ici, les pilotes bénéficient d’une préparation spécifique pour les courses. « Il a surtout fallu s’habituer aux forces G, qui tirent le corps à chaque virage et à chaque freinage. De plus, même quand le cœur bat à près de 170 pulsations, il faut rester totalement concentré et exécuter certaines tâches dans le cockpit », explique L. Frey-Hilti, qui se tient entièrement détendu sur la planche d’équilibre. Le responsable ne prouve pas seulement que son sens de l’équilibre est excellent, mais indique que sa rapidité de réaction et sa vision périphérique sont exercées simultanément à la paroi. « En plus, mon entraîneur m’a demandé d’effectuer dans le même temps du calcul mental. C’est le seul moyen d’apprendre à être multi-tâches, une qualité indispensable pour la course automobile », explique L. Frey-Hilti. Le chef d’équipe, qui a osé faire le pas vers le sport automobile assez tard, à 19 ans, après s’être blessé plusieurs fois au hockey sur glace, ne monte plus dans le cockpit : « Bien sûr que cela m’attire encore. Après tout, je suis un passionné d’automobile, mais j’aurais eu trop de travail. Je me concentre maintenant sur d’autres tâches. »

La vue sur la salle d’à côté avec le simulateur de course hydraulique est elle aussi impressionnante. Il peut d’ailleurs être réservé par des clients externes et pour des manifestations. Ici, tous les amateurs de jeux vidéo s’en donneraient à cœur joie : une toile géante à 225 degrés, qui serait du meilleur effet dans n’importe quel cinéma, enserre le cockpit GT. « Tout le parcours GT est scanné au laser, avec des données sur chaque rainure dans l’asphalte. Cela permet de bien se préparer aux courses. Nous passons aussi la bande-son du bruit de moteur. En fait on peut tout simuler, même les forces G », révèle L. Frey-Hilti. De plus, les données de conduite sont directement transmises à l’ingénieur, qui peut faire d’autres suggestions pour les parcours de conduite simulée. Seul problème : en raison des restrictions de voyage liées au coronavirus, beaucoup de pilotes n’ont pas pu venir s’entraîner dans le simulateur.

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Dans le simulateur de course hydraulique, les pilotes peuvent mémoriser les détails des circuits. Quelle: Médias UPSA

En 2020, Emil Frey Racing prendra le départ avec l’Autrichien ­Norbert Siedler, le Canadien Mikael Grenier, l’Italien Giacomo Altoè, le Français Franck Perera, l’Espagnol Albert Costa et le Suisse Ricardo Feller. « Nous avons eu le droit de participer à la désignation des pilotes d’usine et nous nous entendons très bien avec Lamborghini », affirme L. Frey-Hilti. « Avec Riccardo Feller, nous avons dans notre écurie de course un pilote qui a grandi à même pas 15 minutes de Safenwil. En tant qu’écurie suisse, nous en sommes très contents. » Les pilotes de la classe GT ne doivent pas être simplement rapides, mais faire aussi preuve de constance, et surtout avoir l’esprit d’équipe. « En général, une voiture se conduit à trois, c’est pourquoi il faut composer avec le fonctionnement de son collègue. Ce n’est pas donné à tout le monde », commente L. Frey-Hilti alors qu’il nous fait passer devant la Lamborghini Huracán GT3 Evo presque terminée. « Il faut surtout ramener le véhicule en bon état, et pas complètement déglingué. » Il estime qu’Albert Costa est un vrai coup de chance pour son équipe. L’Espagnol n’a certes pas réussi à rejoindre la Formule 1 et a ensuite arrêté la course pendant plusieurs années. « Il est venu chez nous après quelques tours de pistes au volant de voitures ultra-rapides et fait aujourd’hui partie des meilleurs pilotes de la catégorie GT3. »

Même si les médias suisses parlent peu des courses GT3, pourtant attrayantes, celles-ci ont néanmoins beaucoup de fans, notamment en Espagne, en Allemagne, en Italie et en Angleterre. Les week-ends de course, des dizaines de milliers d’inconditionnels affluent normalement vers les circuits. Pour les deux premières courses de cette saison, il se pourrait que cela soit très différent. Elles auront lieu fin juillet à Imola et début août à Misano en Italie, un pays meurtri par le coronavirus. C’est pourquoi, en plus des règlements GT3 ayant d’ores et déjà une validité globale, de nouvelles dispositions ont été édictées, à observer pendant les courses. L. Frey-Hilti avoue toutefois : « Je ne comprends pas encore très bien comment nous garderons les distances dans les boxes qui sont parfois exigus. » Malgré tout, il se réjouit de démarrer la saison : « Tout le monde est content de pouvoir enfin reprendre ! » Le chef d’équipe espère simplement que des essais préalables seront possibles. L’équipe Emil Frey connaît en effet les bolides de la Lamborghini Squadra Corse de l’année passée, mais lors de la GT World World Challenge Europe (anciennement Blancpain GT Series), on roulera avec des pneus Pirelli, alors que l’année passée, Emil Frey Racing était encore équipé de pneus Michelin lors de l’International GT Open. L’équipe de Safenwil manque ainsi de données de test importantes. Dans le sport automobile, il est indispensable de connaître le moment auquel les pneus développent leur fenêtre de performance optimale. Un défi qu’Emil Frey Racing relèvera sûrement d’ici le début de la saison.
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